Spiritualité personnelle & Pratique communautaire

Une nouvelle façon de pratiquer sa religion est apparue depuis la Révolution tranquille au Québec. Et ailleurs dans le monde, depuis mai ’68. J’ai senti, d’abord en moi-même, puis pressenti chez les gens que je côtoyais cette vague de refus d’entendre et de subir le discours moralisateur de l’église catho, le seul que l’on connaissait et vivait à l’époque, avant l’apport d’autres religions, dont celui dit du Nouvel Âge. Particulièrement dans le domaine de la sexualité d’après, entre autres, le discours des gens qui m’interpelaient. Encore vrai aujourd’hui. Pensons seulement aux récentes déclarations du Cardinal Marc Ouellet.

Je me suis mis alors à dénoncer cette religion fondée sur l’ignorance, la peur, la punition, comme dit une auteure d’un site Web (http://pages.videotron.com/brodel/). À écrire et à tenter d’innover. De trouver un moyen de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bassin, comme je me disais à l’époque. Ce qui m’a amené à la publication sur Internet de mon livre en 2003, livre dont les idées principales étaient déjà jetées dès 1963.

J’ai, comme il fallait s’y attendre, essuyé une fin de non-recevoir du milieu ecclésiastique, de sorte que j’ai pris mes distances vis-à-vis de ce dernier. Mais, comme on peut le constater dans mon livre, j’ai toujours conservé une foi en Jésus–Christ parce qu’il nous a fait de beaux cadeaux : nous présenter Dieu (son existence est non pas une croyance, mais un savoir) comme une famille où le Père est super bon pour ses enfants, puis commencer à nous délivrer du mal (cela nous convainc davantage de la présence du mal aujourd’hui quand on est spectateur des atrocités des guerres que l’on nous présente à la télévision) et nous promettre la résurrection. Pour moi, ce sont là d’excellentes nouvelles.

Mais, il y a un mais, à la lecture des évangiles, il y a une sorte d’austérité qui nous répugne aujourd’hui. Il y a aussi une sorte de mauvaise nouvelle pour ceux qui, volontairement et librement, ne veulent rien savoir de Jésus-Christ et de sa seule obligation de prendre soin des petits, des pauvres. Ceux-là se punissent eux-mêmes et punissent ainsi les autres. Si la planète court à sa perte (on le constate plus aisément aujourd’hui), ce n’est pas à cause du Père, mais de ceux qui ne songent qu’à leurs profits et à entraîner les gens ordinaires dans le désastre provoqué par eux. Mais évidemment, les gens ordinaires se sentent floués et pratiquement impuissants. Ils rentrent à l’intérieur d’eux-mêmes pour se construire une spiritualité personnelle : je trouve cela très sain et pleinement compatible avec l’essence même de la spiritualité chrétienne.

Nous baignons encore dans ce bouillon de culture. Découvrir en soi la spiritualité qui jaillit de notre propre intérieur, avec tout ce que l’on est – cela inclut tout notre passé et notre futur anticipé –, trouver la perle rare que l’on porte au plus intime de soi-même est l’ABC de notre quête de « Douceur et d’Harmonie (qui) doivent gouverner le monde.. », pour citer le leitmotiv de l’auteure dont j’ai parlé plus haut. Et je fais miennes ses paroles « les vibrations de paix sont aussi efficaces que d'autres formes d'aide, je le crois vraiment. » N’y a-t-il pas là un sens communautaire, social à ce retour en soi ? C’est bien plus que d’aller à l’église. Une communauté non territoriale de personnes qui vivent la même spiritualité, par exemple via Internet comme beaucoup le font. Non pas un beau rêve, mais une réalité qui recèle une merveille...

Je m’étonne toujours de plus en plus de voir combien nos spiritualités se rejoignent... Celle de mes proches, de mes amiEs, de gens que je rencontre.

Au fond, je me dis qu’une nouvelle forme de spiritualité et de vie « monastique » s’est développée. Dans un vaste monastère non territorial, mais qui tend, selon l’expression d’Alvin Toffler, à se répandre dans le grand « Village global » que devient peu à peu la terre. Retour en soi dans sa petite cellule pour se mettre en contact (certains diront pour y prier) avec l’énergie universelle (que certains appellent « Dieu », d’autres, « Jéhovah », d’autres, « mon Être supérieur », d’autres, la « Vie », etc.). Prière communautaire dans des lieux d’échanges publics rendus possibles grâce aux moyens modernes de communication, en particulier grâce à l’Internet (nos nouvelles chapelles) où chacun peut s’exprimer dans la communauté. Travail, école, de plus en plus à domicile, encore grâce à l’Internet qui nous relie potentiellement tous, comme c’est le rôle de la religion de nous relier. Voilà, la nouvelle grande église. Nous allons tous de plus en plus dans cette nouvelle église, qui veut dire « rassemblement », où nous partageons nos convictions.

C’est comme M. Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir. Nous pratiquons tous sans le savoir nos valeurs personnelles, notre spiritualité personnelle (notre religion personnelle ?) dans une nouvelle vaste église (virtuelle ?) superstructurée, mais donnant la parole à tous. Oui, même à ceux qui n’ont pas encore d’ordinateur : profitant de ses retombées, des documents écrits ou audio visuels faits par ordinateur, ils transmettent déjà leur spiritualité, leurs convictions personnelles à ceux et celles qui peuvent les relayer.

Nil novi sub sole. Rien de nouveau sous le soleil. Ce sont les modalités qui changent.

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