Expérience de l'école à la maison

Extrait du livre « Dieu est Chair », pages 14-18


Mes contradicteurs trouvent mes idées purement spéculatives, impraticables. Du pelletage de nuages. Par exemple, l'idée d'interagir avec son fils ou sa fille comme avec des personnes égales, avec autant de respect qu'avec des personnes adultes. Pourtant nous les avons mises en pratique avec nos propres enfants. École libre à la maison jusqu'à l'âge de 16 ans, sans jamais donner de cours ni de leçons, sans jamais donner de devoirs ni faire passer d'examens, compétitifs et punitifs, sans jamais donner de punitions.

Nos enfants sont bien développés et adaptés. D'aucuns, qui me promettaient les pires malheurs, qui ne sont pas venus, tentent de justifier leurs prédictions erronées en disant que pour eux, ce n'est pas pareil, ils sont intelligents. Je rétorque à ceux-là que s'ils sont si intelligents, c'est qu'ils n'ont pas été punis, n'ont pas été brimés dans leur liberté d'apprendre par le jeu. Les prochains paragraphes veulent vous exposer les idées maîtresses et l'esprit de cette éducation sans punitions, respectueuse de la liberté, faite dans le plaisir.

L'école à la maison avant l'école

Cet avant-propos, et tout ce livre qui en expose les fondements les plus profonds, est destiné à toutes les personnes de bonne volonté, mais plus particulièrement aux parents et futurs parents qui veulent changer radicalement de cap (virage de 180º) dans l'éducation de leur(s) enfant(s). L’éducation, comme l'école à la maison de 5 ans à 16 ans, commence bien avant l’âge de la fréquentation scolaire obligatoire. Un vieux dicton disait que l’éducation commençait 20 ans avant la naissance ! Comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir, tous les parents font sans le savoir l’école à la maison à leurs enfants, en principe de 0 à 5 ans (ou de 0 à 3 ou même de 0 à 2 ans, car on ne sait plus avec les garderies !).

Concepts-clés de l’école à la maison, même avant la naissance

• Chez l’être humain (sans exclure pour autant les autres formes de vie), « apprendre » est un besoin très puissant, même plus que celui de boire et de manger. Cette « drive » est démontrée par de nombreuses expériences en psychologie. Le petit de l’homme a des besoins, des talents et non des caprices, besoins et talents qui demandent à s’épanouir. La frustration engendrée par le non-respect de cette « pulsion » produit des dégâts inimaginables.

• Les bébés sont constamment en train de faire des expériences. Par exemple des expériences de physique. Quand ils jettent un œuf en bas de leur chaise haute, ils font, entre autres, l’expérience de la chute des corps. Leur première intention n’est pas de tester l’adulte, selon la croyance populaire (et même professionnelle !).

• L’élaboration de la période du développement de l’intelligence motrice chez le jeune enfant (entre 2 et 5 ans environ) est capitale : d’où l’importance de ce qu’on appelait au tout début des années ’70, « LES BAINS SENSORIELS », pour l’apprentissage de la lecture entre autres.

• Les enfants fonctionnent naturellement par « CENTRES D’INTÉRÊTS », lesquels durent de plus en plus longtemps à mesure qu’ils grandissent. Par exemple, de quelques jours à 15 jours. Il s’agit de la pédagogie de DEWEY, pédagogue américain (dans le Vermont, selon mon souvenir).

• Les travaux de Piaget sur le développement de l’intelligence chez l’enfant, le courant des « ÉCOLES ACTIVES », comme celle de Freinet, de Montessori, sont de précieux atouts pour un changement d’attitude en éducation, une bonne base de changement de cap (de 180 degrés).

• Comme toute forme de vie trouve en elle tout ce qu’il faut pour se structurer, l’être humain, dès le sein de sa mère (pourrons-nous arriver un jour à remonter jusqu’à la conception ?), commence ses propres apprentissages, même sociaux. Des recherches en psychologie, principalement faites à Toronto (v.g. par Bolby), démontrent que les structures du langage sont déjà jetées à la naissance, parce que le bébé in utero a entendu et reconnu autant la voix de son père que de sa mère. Également, des chercheurs britanniques ont réussi à démontrer que les bébés font des mathématiques dans le ventre de leur mère.

• Tous les parents sont à même de constater, avec un certain étonnement, inattendu, chez leur enfant ce vif besoin d’apprendre, cela, dès sa plus tendre enfance.

• Un psychologue américain, de Virginie selon mon souvenir, lisait, p. ex. durant seulement quelques mois, du grec à son bébé encore au berceau. Ce chercheur a démontré scientifiquement qu’à l’âge de huit ans, son enfant apprenait beaucoup plus facilement le grec que les autres qui n’avaient pas été soumis à une telle expérience.

• L’épanouissement de la soif d’apprendre ne peut se faire que dans la plus grande reconnaissance de ces talents, dans le plus grand RESPECT des forces en jeu. La paresse n’existe pas en soi : elle est un dérivé, un sous-produit d’un manque d’attention, de respect des talents authentiques en développement.

• « Tout se joue avant six ans » est le titre d’un livre écrit par le psychologue Dodson. Cela veut dire que les années de 0 à 6 ans sont très importantes, que les apprentissages chez l’enfant d’âge préscolaire sont en pleine ébullition. Que, durant ces années, l’enfant fait une foule d’apprentissages, acquiert de nombreuses habiletés, dont les bases de la socialisation qui se construisent grâce à l’interaction avec ses parents et non avec ses pairs. Il apprend entre autres à maîtriser sa langue, maternelle et… paternelle ; pourtant maîtriser une langue est très complexe et difficile et tous les enfants du monde apprennent à parler la langue de leurs parents ; cela, sans aller à l’école, sans leçons ni devoirs, sans cours ni examens, lesquels comportent souvent des aspects punitifs (mauvaises notes). La langue chinoise est du chinois pour nous, et pourtant les petits Chinois apprennent le chinois sans aller à l’école.

• Françoise Dolto, psychanalyste française réputée, PARLAIT aux bébés naissants comme à des adultes, à ceux qui avaient par exemple perdu leur mère. Elle les empêchait ainsi de sombrer dans la dépression (anaclitique) et de se laisser mourir. « L’enfant n’est pas un adulte et il ne faut pas lui voler son enfance » est un lieu commun. Cela ne doit pas empêcher les parents et les professeurs de se comporter envers eux comme avec des adultes, de les traiter comme des adultes.

• Se fier beaucoup plus à « L’EFFET ROSENTHAL », c’est-à-dire à l’effet « PLACEBO », mais à l’envers. Non pas dans la tête du « patient », mais de celui constitué en autorité : parent, éducateur, psychologue, médecin, psychiatre, travailleuse sociale, etc.

• « Le propre de l’intelligence humaine, dès le début, est de s’autofabriquer », dit Albert Jacquard, un biologiste-géniticien. Cela ne peut donc se réaliser que dans la liberté et le respect des mécanismes en jeu.

• Le philosophe Alain posait la question suivante : « Pour enseigner le latin à Pierre, faut-il d’abord connaître le latin ou Pierre ? ». Il répondait qu’il fallait d’abord connaître Pierre.

• Nous baignons dans une civilisation, une culture judéo-chrétienne qui a elle-même été imprégnée par la civilisation gréco-romaine. Pourquoi ce qu’on appelle la Charité ne semble pas encore devoir s’appliquer dans les rapports des parents à leurs enfants, des professeurs à leurs élèves ?

• Les humiliations, les rabaissements, les paroles blessantes, dévalorisantes, le sentiment de se sentir supérieur, de sentir que l’enfant a besoin qu’on lui montre, qu’on le corrige ne sont pas plus admissibles envers les enfants que dans nos rapports avec les adultes. « Qui aime bien, châtie bien » est passé date.

• La civilisation, la culture, dont on vient de parler, est centrée, depuis 2000 ans, sur l’enfant, le Fils, particulièrement dans ses rapports avec le Père. Trouvez-moi une autre civilisation-culture ainsi centrée sur l’enfant.

• Il n’y a pas d’amour possible sans liberté. Le Père Georges-Henri Lévesque, o.p., disait, à 92 ans, que la liberté est un don personnel et l’autorité, un don au service des autres, de la collectivité. Que toutes deux viennent de Dieu, mais que la LIBERTÉ précède l’autorité. « Vive la liberté des enfants de Dieu », selon le vieux dicton.

L’école actuelle n’est pas adaptée à poursuivre l’école à la maison

• Il n’y a pas de continuité entre l’école à la maison de 0 à 5 ans et l’école officielle.

• Aucun respect des acquis ; rapidement on prend pour un manque de maîtrise de soi l’affirmation de soi, la confiance en soi. D’autant plus que l’enfant plus doué ou en avance sur les autres s’ennuie et, sans le vouloir, dans un tel setting, ennuie les autres, y compris les autorités.

• On sait que la maternelle prépare l’enfant à fonctionner dans des groupes plus grands. Or, les recherches en dynamique de groupes ont démontré qu’un groupe constitué de plus de 12 personnes se comporte comme une foule anonyme. L’apprentissage dans un groupe anonyme est contre-nature.

• Le système d’enseignement à des groupes « en rangées d’oignons », au lieu de l’enseignement individualisé, nous fait penser au « système de Taylor », qui est à l’origine des chaînes de montage d’automobiles. Ce qu’on a appelé le « taylorisme ».

• Les enfants élevés selon la pensée traditionnelle ont hâte d’aller à l’école. Beaucoup déchantent en cours de route ; le taux de décrochage scolaire en témoigne. Mais les enfants éduqués dans le respect et la dignité de leur soif de savoir ne manifestent pas ce désir d’aller à l’école actuelle, ne le regrettent jamais et ne font quelque reproche que ce soit à leurs parents d’avoir agi ainsi ; bien au contraire, ils leur sont reconnaissants de ce « cadeau » qui leur a été fait.

Comme réconfort des futurs parents sur les conséquences académiques et sociales de l’école à la maison

À consulter les nombreuses publications du NHERI (National Home Education Research Institute), dont le président est le Dr Brian D. RAY, Ph.D. (en Sciences de l’Éducation). C’est le plus grand centre d’études et de recherches à travers toute l’Amérique du Nord (Canada compris) sur le homeschooling .

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